KAFÉ avec... Fabrice JOLIVET, fondateur et CEO de Maloric

19/8/2020

31/7/2020

Bordeaux

Après avoir travaillé pendant plus de 8 ans pour le compte de géants de l’aviation tels que Airbus et Bombardier, Fabrice Jolivet, ingénieur en aéronautique de 33 ans, nous explique le formidable parcours de Maloric ⛵️

Au fil de ce témoignage, vous découvrirez les étapes clés d’un lancement de startup dans le domaine de l’Hardware et les conseils à garder à l’esprit avant de se lancer, tête baissée, dans ce beau projet entrepreneurial 🚀

Peux-tu nous présenter ta startup Maloric ?

Maloric développe une solution de traction maritime économique et écologique qui a pour but de revaloriser le secteur de la pêche. Nous développons un système qui permet de contrôler des ailes de kitesurf de manière automatique (décollage, contrôle et atterrissage) pour fournir au pêcheur une traction supplémentaire et donc réduire la consommation du navire et ses émissions de CO2 de 20%.

Il faut savoir que le poste de dépenses le plus important sur un bateau de pêche, c’est celui du carburant qui représente jusqu’à 50% du chiffre d’affaire des pêcheurs. On parle généralement de 1000 € de dépenses par semaine pour un petit navire, et ce chiffre peut grimper jusqu’à 30000€ de carburant par semaine pour les plus grosses flottes.

Bateau avec voile de traction maritime Maloric
Aile de traction maritime Maloric, économique et écologique


D’où t’est venu cette idée ingénieuse d’aile de traction maritime spécialement conçue pour la pêche ?

Au début de ma démarche, je ne connaissais rien au secteur de la pêche. Pour tout dire, je viens de la montagne (Vercors). C’est en m’intéressant au kitesurf que j’en suis venu à ce secteur. Je me suis rendu compte qu’on pouvait utiliser les technologies de l’aéronautique pour contrôler une aile de kitesurf. Je me suis donc posé la question de savoir s’il y avait un secteur d’activité qui pourrait être susceptible de s'intéresser à une technologie de la sorte.


Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans la création de cette startup ?

Il y a eu plusieurs facteurs. En premier lieu, la conjoncture avec mon ancien employeur était bonne. Nous arrivions à la fin de la certification de l’avion sur lequel je travaillais. J’en ai donc profité pour faire une rupture conventionnelle et bénéficier ainsi d’aides de l’Etat pour me lancer dans ce projet que j’avais en tête depuis longtemps.

En effet, ce n’est pas ma première expérience entrepreneuriale. J’ai auparavant développé avec un ami des “cigar box guitars”. Ce sont les ancêtres des guitares qui se sont créées dans les années 1800, durant la récession aux USA. Les bluesmen, n’ayant pas les moyens de s’acheter des instruments de musique, prenaient une boîte en ferraille, un manche à balai, tiraient une ou deux cordes et cela leur faisait un instrument de musique.

Nous voulions les remettre au goût du jour. J’ai donc passé deux ans à concevoir de A à Z des produits commercialisables. Cependant, au moment de la commercialisation, il y avait un manque de rentabilité car nous n’avions pas forcément fait toutes les études préliminaires sur le sujet.

Je dois avouer que cela m’a toujours intéressé de monter ma boîte. J’attendais un projet dans lequel je m'épanouirais pleinement, notamment sur des aspects sociaux et techniques. Un projet pour lequel mes connaissances acquises durant mon expérience professionnelle me seraient utiles. C’est donc pour cela que j’ai par la suite lancé Maloric.


Pourquoi avoir choisi 1Kubator ?

Lorsque j’ai voulu développer mon projet, je me suis renseigné sur les incubateurs. 1Kubator s’est rapidement démarqué pour 4 raisons principales.

La première est son implantation à Bordeaux, où je réside.

A l’époque, je cherchais à avoir accès à un parc de machines-outils et j’ai pris connaissance du partenariat avec un FabLab. Cela a été le deuxième élément décisif.

La troisième raison pour laquelle j’ai choisi 1Kubator, c’est la rencontre avec l’équipe. J’ai fait un entretien avec Alexandre Fourtoy - fondateur d’1Kubator - qui m’a tout de suite mis en garde, avec sa vision pragmatique, sur la cible que je voulais toucher. Et puis, il y a eu tout l'engouement de l’équipe 1Kubator autour de mon projet : je n’ai eu que des très bons retours. Tout le monde est à fond derrière moi ce qui est vraiment agréable.

Et enfin, la dernière raison, c’est le période d’essai qui me permettait de me faire une idée d’1Kubator afin de voir quels étaient les point positifs et négatifs.

Quelles étaient tes craintes avant d'entamer le programme 1Kreation ?

J’avais deux craintes avant de démarrer le programme.

La première concernait l'apport d'1Kubator dans le développement stratégique de mon projet. Toutefois, les paroles de l’équipe m’ont rassuré. Effectivement, on m’a conseillé de privilégier la cible des pêcheurs et son marché trop peu exploité. Le  réseau de qualité, très important chez 1Kubator, m’a aussi mis en confiance. Ce réseau m’a permis de rencontrer la direction d’Intermarché, qui en temps normal est très difficile à aborder sans avoir de contacts. J’ai ainsi pu développer un partenariat avec la Scapêche et rencontrer des investisseurs tels que Phitrust qui est maintenant inscrit au capital de Maloric.

Ma deuxième crainte concernait la partie technique, notamment sur la programmation et l’électronique que j'ai sous-traité à des préstataires externes. Concernant la conception mécanique, j’ai eu le soutien de la part de Jean-Alexandre Bousquet, le responsable du programme 1Kreation Hardware. Il a toujours apporté sa vision critique sur le sujet et continue aujourd’hui encore, en tant que parapentiste avéré.


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Peux-tu nous expliquer, avec tes mots, la méthodologie utilisée durant ton programme d’incubation ? Quelles en ont été les étapes clés ?

J’ai premièrement développé mon produit tout en réduisant au maximum les coût financiers pour minimiser les risques.

Pour cela, avant de me lancer dans le développement produit, j’ai fait une analyse poussée des marchés potentiels : le secteur commercial, la pêche, la plaisance, le fluvial. L’objectif était de dégager le marché le plus intéressant. Le secteur de la pêche est alors ressorti.

J’ai ensuite confirmé le besoin de ce secteur en faisant des interviews, en rencontrant des pêcheurs, en faisant des sorties en mer sur des chalutiers pour voir leur fonctionnement. Je voulais absolument consolider toutes les interrogations que j’avais sur le secteur avant de me lancer dans le développement produit.

Une fois les doutes levés, j’ai défini des offres marchés dans le but de confirmer la viabilité du produit.

Il fallait effectivement mettre en place un programme pouvant répondre aux financements des pêcheurs. Ce secteur ne dispose que de très peu de financement tandis que les coûts de développement produit sont extrêmement élevés. Il fallait donc mettre en place une offre marché qui était en adéquation avec les moyens limités des pêcheurs.

Par conséquent, nous avons privilégié l’offre locative pour les petits pêcheurs et une offre d'achat direct pour les gros armateurs ayant d'avantage de fonds de trésorerie.  

Un fois cela défini, nous nous sommes lancés dans la conception du prototype.

En parallèle de cette étape, nous avons commencé à rechercher des financements et des clients partenaires pouvant nous supporter lors du développement, comme la Scapêche.



Quelles ont été les grandes difficultés que tu as rencontrées en créant ta startup ? Comment les as-tu surmontées ?

La première difficulté a été de développer un produit avec peu de financement. Nous avions 20 000 € de fonds propres pour développer le produit Maloric, ce qui est dérisoire pour un projet hardware. Il fallait donc rapidement, chercher des financements, notamment auprès de la région Aquitaine.  

La deuxième difficulté a été de gérer des nombreuses tâches à la fois, aussi diversifiées soient-elles. Ce projet complet demandait du développement hardware, du software, du commercial et du financier. Il ne fallait pas se démotiver face à ces obstacles.

Pour pallier cette difficulté, j’ai réuni une équipe de copains passionnés par le sujet ayant des compétences complémentaires. Ils me soutiennent depuis le lancement de Maloric et m'épaulent sur de nombreux sujets.


Par définition, une startup hardware a un rapport au temps plus conséquent qu’un autre type de startup. Quel a donc été ton rapport au temps lors de l’incubation de ton projet ? Comment as-tu réussi à te dégager le temps nécessaire ?

Les résultats arrivent tard. Par conséquent, il faut penser à de nombreuses choses. Lancer le développement, assembler, faire des premiers tests et recommencer. En effet, quand on se trompe, ce n’est pas que quelques lignes de codes à changer dans un logiciel.

De par mon expérience professionnelle, j’ai été habitué à des temps de développement long. Il faut savoir que le développement d’un avion prend 5 ans minimum. J’étais donc assez préparé. J’ai, de ce fait, élaboré un planning reprenant toutes les tâches à accomplir pour atteindre le produit fini et la commercialisation sur le marché. Je suis très persévérant, tant que le résultat n’est pas obtenu, je ne m’arrête pas.  


Comment as-tu fait face à tes besoins en financement pour le projet ?

Comme je l’ai énoncé précédemment, je suis allé à la rencontre de la région pour obtenir leur soutien. C’est un projet qui parle énormément. J’ai donc sollicité le programme prototype numérique de la région Aquitaine qui a répondu positivement à ma demande. Cela m’a permis de lancer le projet de manière sereine.

Par la suite, 1Kubator m’a fait rencontrer Phitrust. En tant que fond d'investissement à impact, Phitrust a été convaincu par le projet et est entré au capital de la société renforçant ainsi notre trésorerie

Enfin, nous avons obtenu le soutien de la BPI (Banque Publique d’Investissement) en tant qu'entreprise innovante avec l'obtention de crédit à l'innovation porté par le programme PAI FEI.


Penses-tu que cela aurait été plus difficile si tu avais démarré avec moins de 20 000 € de fonds propres ?  

A mon sens, il est difficile de démarrer un projet hardware sans un minimum de fonds propres. Ce type de projet intègre généralement de l'électronique, du software et de la mécanique qu'il faut pouvoir financer pour valider son POC.
L'idéal est de s'associer avec des clients/industriels capables de faire du co-développement produit pour bénéficier de leur appui financier. Cela permet notamment d'obtenir des financements mais aussi de valider les orientations produit en répondant à une vraie problématique client.


Quels conseils donnerais-tu aux futures personnes se lançant dans la création d’un projet Hardware ?

La première chose, selon moi, est de ne pas négliger la partie prospection. En effet, j’ai pu être membre de jury de sessions 1KrashTest chez 1Kubator et j’ai constaté que certains porteurs de projets ont des idées sur un sujet sans forcément avoir connaissance du marché cible. Cela est  regrettable car un projet hardware coûte cher, si on se trompe sur les requis de bases cela peut être dramatique pour la suite du projet. De ce fait, il faut absolument faire valider les fonctionnalités produits et bien vérifier que la clientèle est prête à accueillir le produit avant de se lancer dans la conception.

Le deuxième point important est de ne pas hésiter à solliciter des industriels et des clients pour faire du co-développement. Il y a énormément de startups qui impliquent trop tardivement le client dans le développement produit.

Il est plus intéressant de faire intervenir le client au début de la phase de développement du projet. En effet cela permet d’éclaircir les doutes, valider les besoins et avoir des bêta-testeurs.

Enfin, je pense qu’il faut avoir une équipe complémentaire et des associés en qui l'on a confiance. Dans mon cas, cela a été assez simple : je me suis entouré d’anciens collègues et amis travaillant, avec moi, chez Bombardier. Pour que cela fonctionne, il faut être clair dès le début, bien définir les rôles et les perspectives de chacun. C'est ce qui me permet aujourd’hui d’être toujours ami avec eux ! 😂

Fabrice Jolivet, fondateur de la startup Maloric
Fabrice Jolivet, fondateur et CEO de Maloric


Si c’était à refaire, que changerais-tu ?

Je pense que je me serais associé à quelqu’un dès le début pour partager les tâches et pour orienter au mieux l’axe stratégique de la startup.


Sans 1Kubator, qu’est-ce que ça aurait changé ?

Je serais parti dans le développement d’un produit dédié au secteur du transport commercial. Nous sommes répositionnés sur le marché de la pêche qui est plus accessible et nous a permis d’asseoir la posture innovante de Maloric et de gagner du temps dans la recherche de financement, de partenaires et dans la conception produit. Je ne regrette absolument pas.



Quels sont les futurs projets pour Maloric ?

Nous sommes actuellement toujours en train de faire évoluer notre prototype. Nous nous apprêtons à engager un alternant en conception mécanique.

L’objectif est de faire des tests en septembre pour valider notre deuxième version produit pour ensuite le présenter à nos clients et avancer avec eux sur le produit final.




Le programme 1Kreation Hardware en quelques mots
1Kreation Hardware est un accompagnement de 18 mois proposé par 1Kubator, premier réseau d'innovation en France, et Start2Prod powered by Michelin, permettant d'apporter aux startups des capacités de prototypage dans le hardware et l'IOT, à un prix cible et à qualité constante. Avec un financement à hauteur de 35'000€, des ateliers pragmatiques à un rythme soutenu, un hébergement et l'accès à un réseau national, les startups du programme 1Kreation Hardware peuvent se concentrer sur ce qui compte vraiment pour le projet.

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