[KAFÉ] avec Pierre Husson, co-fondateur de Rematch

16/2/2021

16/2/2021

Bordeaux

À l’occasion de la nouvelle levée de fond de la startup Rematch, nous vous présentons son co-fondateur, Pierre Husson, accompagné par 1Kubator à Bordeaux depuis 2018.

Quelle est la clé d’une startup qui réussit dans le temps ? Comment 1Kubator a aidé Rematch dans son développement ? Comment les fondateurs ont fait face à la crise de la Covid-19 qui a fortement impacté le secteur du sport amateur ? Pierre fait pour nous le point sur son parcours, de l’idée à l’incubation jusqu’aux ambitions européennes.

Bonjour Pierre, peux-tu te présenter ?  

Bonjour, je suis Pierre Husson, j’ai 28 ans et je suis diplômé de Kedge Business school Bordeaux depuis la fin d’année 2017. Aujourd’hui, je suis CEO et cofondateur de la startup Rematch, les highlights du sport amateur.

Pierre Husson co-fondateur de Rematch

REMATCH, D'UNE IDÉE À UN CONCEPT :

D’où vous est venue l’idée de créer Rematch ?    

Avant toute chose, il est important de rappeler que je fais du foot en départementale 2, le 10ème niveau du football. Ce n’est pas extraordinaire mais cela veut dire que je connais un peu le marché du sport amateur. Et c’est suite à des discussions post-match avec mes coéquipiers que m’est venue cette idée.

"Nous avons constaté que c’était frustrant pour les joueurs de voir des gens, au bord du terrain, filmer avec leur smartphone en sachant que l’on ne retrouvera jamais ces vidéos."

Alors certes, nous ne sommes ni Mbappé, ni Zidane mais il se passe tout de même des choses très sympas sur les terrains ! Je parle du foot, mais cela fonctionne aussi pour le rugby, le basket, le handball, etc. De là est venue l’idée de créer une plateforme sur laquelle on pourrait retrouver les vidéos du club de Mérignac, du SAM, ou les vidéos de tout autre club dans un seul et même endroit.  

Une fois cette problématique identifiée, comment Rematch a été créé ?

À ce moment-là, j’étais seul avec cette idée, puis j’ai rencontré Frank Si-Hassen, l’un de mes deux associés fondateurs à qui j’ai confronté l’idée. Nous nous sommes dit : « ok, le sport amateur c’est bien, mais pas forcément l’intégralité du match ». On s’est donc inspiré du concept de Waze -quand tu es passager, tu peux signaler les temps forts comme les embouteillages, la police- mais appliqué à la vidéo.  

D’une idée, nous sommes alors arrivés à un concept et nous avons accueilli notre troisième associé, François Allary. Il est ingénieur de formation sur Toulouse et a immédiatement adhéré au concept. Il nous a parlé d’une technologie sur laquelle il travaillait qui permettait de « remonter le temps ». Début 2017, je présente François à Frank avec qui j’avais entamé l’étude de marché, on décide de s’associer officiellement et de lancer la société Rematch en juillet de cette même année.

Pierre Husson et ses associés, fondateurs de Rematch
Rematch remporte le Trophée de bronze des Trophées Sponsora du marketing sportif

Peux-tu nous parler plus précisément de l’application Rematch ? Comment fonctionne-t-elle ?

Rematch, c'est une application mobile gratuite qui permet à n’importe qui de capturer les highlight d’une rencontre sportive amateur. Il suffit de cadrer avec son téléphone, de prendre en vidéo le match, de signaler un temps fort sur la vidéo et l’application va remonter le temps de 15 secondes pour capturer uniquement les moments qui nous intéressent. Si l’on capture plusieurs highlights sur un match, l'application fait un montage automatique avec un résumé en introduction, des jingles de transition, etc. Tout le monde peut devenir un rematcheur avec son téléphone et l’application !

Quand avez-vous intégré 1Kubator Bordeaux ?  

De juillet à décembre 2017, nous avons créé un prototype de l’application sur Android, créé le statut de la société, établi des études marketing. C'est à ce moment là que nous avons intégré 1Kubator Bordeaux, en février 2018. Ils nous ont accompagné pour lancer le fameux « POC », proof of concept, c’est-à-dire arriver à démontrer avec le minimum de fonctionnalités que l'application fonctionne, qu'elle suscite un intérêt et des revenus. Nous avons ainsi passé cette année accompagnés par l’équipe 1Kubator à mettre en place et dérouler ce bêta-test pour valider les besoins marché et ajuster notre produit en fonction de ces premiers retours.

Réunion hebdomadaire chez 1Kubator Bordeaux

Que vous a apporté 1Kubator ? Quel rôle l'incubateur a joué dans votre parcours ?  

Il est évidemment compliqué d'évoluer seul dans ce monde de l’entreprenariat, où l’on doit très rapidement former des collaborateurs et se former seul, être bon dans de nombreux domaines. Ca a été génial d’avoir des experts qui peuvent t’aider, te proposer des ateliers, te partager un réseau. Le réseau apporté par 1Kubator a d’ailleurs été primordial pour notre développement. On a grâce à 1Kubator Bordeaux rencontré Jean-Pierre Papin, ballon d’or français, et qui est aujourd'hui associé à Rematch. À cela s'ajoute la proximité d'1Kubator avec les différents organismes de financement et les institutions, la Région par exemple.

Le réseau apporté par 1Kubator a d’ailleurs été primordial pour notre développement. On a rencontré Jean-Pierre Papin, ballon d’or français, et qui est aujourd'hui associé à Rematch.

Pour terminer, 1Kubator m’a appris à être constamment challengé. Parler de son business model, pitcher n’importe où et n’importe quand, se rendre compte de ses erreurs et être en capacité de prendre du recul pour ne plus les reproduire, c'est très formateur !

"Finalement, dès que nous avons eu le label 1Kubator, on s’est rendu compte que nous avions gagné une certaine certification qui faisait que nous étions écoutés."

Comment avez-vous financé le lancement de Rematch ?  

Frank, François et moi avons lancé la société avec quelques milliers d’euros, puis nous avons été soutenus par le dispositif “Prototype Numérique” de la Région Nouvelle Aquitaine courant 2018. Il s’agit d’une subvention qui finance le développement de technologies innovantes et qui apportent de la valeur sur le territoire en réponse à un besoin marché bien identifié.

Nous avons fait notre première levée de fond de 250 000 euros fin 2018 grâce aux succès de notre bêta-test. Actuellement, nous travaillons sur une seconde levée de fond de 600 000 euros dans l’objectif de poursuivre notre développement en France, pour devenir la référence en termes de highlights sur le sport amateur dans le pays.  

Nous travaillons sur une seconde levée de fond de 600 000 euros pour devenir la référence en termes de highlights sur le sport amateur en France.  

LA DIGITALISATION DU SPORT AMATEUR :

Le digital est maintenant très présent dans le sport, penses-tu que Rematch est une application qui peut devenir un incontournable voir un indispensable ?  

Elle est justement en train de le devenir. De plus en plus, utiliser Rematch au bord d’un terrain, c’est comme utiliser Shazam lorsque l’on entend une musique que l’on apprécie.

Aussi, il faut rappeler que les clubs avec qui l’on travaille sont avant tout des associations reposant sur un système de bénévolat souvent représenté par des retraités qui ne sont pas "digital native". Or, depuis l'arrivée du COVID, nous ne pouvons plus nous voir, participer aux matchs. Le digital est devenu le canal de communication le plus adapté pour les clubs pour rester proche de leurs adhérents, fans, parents de joueurs, etc. Finalement, nous implantons avec Rematch du digital pour le sport amateur, mais le sport amateur lui-même, dans le contexte que nous connaissons, a gagné 4 ou 5 ans en terme de digitalisation. Les séniors se sont rendus compte de l’utilité et de l’importance des réseaux sociaux, et les jeunes ont pris plus de place au sein des clubs. Ca a été l’opportunité de nous rapprocher de cette nouvelle génération de bénévoles, très réceptifs aux atouts de l'application Rematch.  

"Depuis cette période de COVID, nous ne pouvons plus nous voir, participer aux matchs, le digital est devenu le canal de communication le plus adapté pour les clubs. Le sport amateur a gagné 4 ou 5 ans en terme de digitalisation. "

Rematch a fédéré une grande communauté, comment l'avez-vous créé ?

Il y a un point important à noter et c’est une chance que nous avons : tandis que beaucoup de startups essaient de créer une communauté en partant de rien, nous sommes une communauté de communautés. Les clubs amateur ont des communautés très engagées, notamment sur les réseaux sociaux. Nous nous sommes basés sur ces communautés pour diffuser de manière régulière des vidéos de clubs amateurs sur les canaux où elles étaient déjà présentes. Nous nous sommes demandés comment développer cette communauté sans moyens à nos débuts. La réponse est simple : c’est en fidélisant plutôt qu'en cherchant à recruter de nouveaux membres.

"C’est en fidélisant plutôt qu'en cherchant à recruter de nouveaux membres que nous avons réussi à créer la communauté Rematch."

Quelles actions  avez-vous mis en place ?  

Nous écrivions très régulièrement à nos premiers abonnés, on leur demandait régulièrement ce qu’ils pensaient de l’application, avec des questionnaires, des groupes Facebook, des sondages pour choisir le nouveau logo de Rematch par exemple. On souhaitaient qu'ils fassent partie de l'aventure et ils ont fini par devenir nos ambassadeurs. On continue d’ailleurs à utiliser cette stratégie aujourd’hui, même en ayant plus de moyens et plus d’abonnés. Il est important d’être le plus réactif possible, de créer des petits groupes spécifiques avec ceux qui nous suivent depuis longtemps et ceux qui sont le plus actifs sur nos réseaux.  

La gamification

Nous avons mis en place aussi des fonctionnalités de gamification dans l’application, toujours dans cette optique de fidéliser nos utilisateurs et de créer un sentiment d’appartenance.  

Pour créer de la viralité et du contenu sur nos réseaux sociaux, nous avons aussi noué des partenariats avec des médias et des fédérations, comme Bein Sport et SoFoot par exemple, ou notre émission hebdomadaire produite dans les studios de TV7.

Plusieurs médias TV relaient aussi nos vidéos avec l’encart "Capturer avec Rematch" et un lien vers le téléchargement de l’application. Nous nous sommes inspirés pour cela d'Outlook, où chaque mail est signé avec “envoyé avec Outlook”.

Pour chaque vidéo filmée avec Rematch, il y a donc tout un réseau de partages qui s'actionne, à travers les clubs, les parents, les médias. Cela nous a permis de développer naturellement notre communauté sans investissement publicitaire.

REMATCH FACE À LA COVID-19 :

Avec l’arrêt du sport, votre activité a été fortement impactée et réduite, comment avez-vous géré cette situation ?  

Je me souviendrai toujours de ce vendredi 13 mars où l’on a pris connaissance de tous les communiqués officiels des fédérations annonçant la suspension officielle des matchs. Nous sommes partis sur une hypothèse pessimiste : l’activité ne reprendra pas avant septembre, et nous avons bien fait car c’est ce qui s’est passé.

"Comme tout le monde, nous ne nous y attendions pas."

De mars à aout, il n’y a eu aucun match. Mais nous avions décidé de continuer notre activité, de continuer à faire parler de nous et d'utiliser pour cela notre savoir-faire. Nous avons donc imaginé et lancé Rematch skills, une fonctionnalité qui permet de se filmer chez soi pour montrer ses talents. Elle intègre évidemment notre fonctionnalité "flashback", pour remonter le temps de 15 secondes pour montrer l’action que l’on veut mettre en avant. Cela nous a permis de continuer à développer notre notoriété et de toucher une communauté que l’on ne connaissait pas, les 15-18 ans qui, pour la plupart, jouent dans des clubs amateurs. 

Nous avons mis en place d’autres dispositifs tels que le “micro d’or du sport amateur”, pour donner la parole aux commentateurs en herbe. Nous avons aussi fait des interviews de sportifs professionnels ou anciens professionnels pour qu'ils partagent leurs souvenirs dans les clubs amateurs. Nous avons notamment interviewé  Alexandra Lacrabère, joueuse en équipe de France de handball, ou encore Émile Ntamack, le père de Romain Ntamack qui a joué au stade toulousain et en équipe de France.

Rematch Skills

Aujourd’hui, cette stratégie est-elle toujours en place chez Rematch ?

Tout cela, nous l’utilisons encore, notamment depuis la suspension des compétitions depuis fin octobre. Cependant, même quand l’activité a repris, des personnes ont continué à utiliser Rematch Skill, les micros d’or du sport amateur et de notre côté, nous avons continué à faire des interviews, notamment d'acteurs du handball avec le championnat du monde qui est en court.  

"Aujourd’hui il y a un véritable élan de soutien pour le sport amateur. Les clubs sont fortement impactés par la suspension des matchs et nous voulons faire en sorte qu'ils subissent le moins possible les effets de cette crise. C’est ça, la vocation de Rematch."

Malgré les impacts négatifs de cette crise, que retirez-vous de positif de la situation ?  

Plusieurs choses ! Nous avons malgré le contexte explosé nos records durant les mois d’octobre et novembre 2020 avec des millions de vues recensées. Les médias ont montré un intérêt de plus en plus fort. La digitalisation du sport amateur représente une grande opportunité pour nous. Et enfin, cette période nous a permis de sortir de l'urgence du quotidien. Nous avions entre 7000 et 8000 vidéos capturées tous les week-end en octobre, on peut très vite être débordé ! Cette période est l'occasion de prendre du recul ce qui est un succès ou non, ce qui fonctionne ou pas. 

UNE STARTUP QUI CONTINUE A SE DÉVELOPPER :

Selon toi, quelle est la clé pour qu’une startup perdure ?

La première année est souvent très difficile, l'étape du fameux POC (proof of concept) est un moment délicat. Mais le plus important selon moi c’est l’équipe. Nous avons cette chance de travailler avec Frank qui est un profil senior et François qui a joué un rôle essentiel surtout à nos débuts pour optimiser la technologie en interne. Il est important de bien choisir ses collaborateurs et de créer une dynamique d'entraide. Je considère que notre force chez Rematch, c’est cette équipe que nous avons créé et c’est l’atout numéro 1 que je conseille pour toute personne qui voudrait se lancer.  

Pour finir, quels sont vos futurs projets ?

"Continuer à nous développer en France pour que Rematch devienne le reflexe numéro 1 sur un terrain de sport amateur. Aussi, notre objectif en 2022 est de pouvoir activer l’application au sein de nouveaux pays. Notre infrastructure technique est fonctionnelle, il nous suffit maintenant de trouver les bonnes personnes sur place pour développer le service. Début 2022, nous avons l'ambition de réaliser une troisième levée de capital pour pouvoir commencer à nous déployer à l’international en commençant par la Belgique."

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